François d’Assise
refusait même d’écraser
un insecte, créature de
Dieu, alors tuer et
manger un poulet… Le
saint qui aimait tant
les animaux et «
messire soleil »
ne doit pas en
revenir. Voilà une
église qui lui est
consacrée et un
demi-siècle plus tard,
le diocèse veut s’en
séparer. L’édifice,
il est vrai, avait
été érigé en des
temps meilleurs, où les
fidèles n’avaient
pas encore déserté et
où les clercs rêvaient
d’évangéliser les
nouveaux quartiers.
Alors, on construisait
des églises. A Nancy,
il y en a
une à Beauregard,
une autre à la
cité des Provinces,
Saint-Paul, vendue et
transformée en salles
municipales depuis, une
troisième au Haut-du-Lièvre
et celle-ci, à Brichambeau,
à deux pas du
parc des expositions,
dans un quartier justement
inspiré par Prouvé.
Béton et bois clair
Bel exercice pour
un architecte que de
concevoir une église.
En 1959, Henri Prouvé
pressent-il le concile
qui se déroulera
de 1962 à 1965,
toujours est-il qu’il
invente une forme
ovoïde, peu fréquente,
en forme de bras
qui s’étendent et
se referment, en béton,
dans l’héritage de
l’Art total et
de l’esprit du
Bauhaus. Du bois
clair illumine l’intérieur,
inondé de lumière, en
forme d’amphithéâtre.
Il descend vers le
chœur dans une vision
de communion, entre le
prêtre et les croyants,
qui sera justement
celle de Vatican II.
Le cahier des charges
du diocèse insistait
sur « la place
à réserver aux fidèles
et le souci de
ne pas les couper
de la cène eucharistique
».
Mais la sécularisation
est passée par là.
Au fil des ans,
l’édifice sacré s’est
vidé, son entretien
coûte cher et il
faut le remettre aux
normes. Le diocèse
n’a plus les
moyens. Il trouve
une première solution voici
quelques années. Il
autorise l’affichage
de panneaux 4m x
3m sur la façade
contre un petit loyer.
Insuffisant. Alors, il
faut se résoudre à
l’inéluctable, la
vente, d’autant que
les finances diocésaines
ne sont guère florissantes
et même en déficit.
Dans un premier temps,
la ville fait la
sourde oreille et renonce
à préempter. L’évêché
désespère quand, coup
de chance, un acheteur
se présente prêt à
mettre un million d’euros
pour le bâtiment et
la moitié pour la
rénovation. La crainte
de la transformation
en mosquée s’éloigne
et des clauses inscrites
dans le compromis
de vente empêchent
l’installation de
sex-shops et d’une
discothèque.
Classée
Le permis de
construire, qui prévoit
de toucher au bâtiment
lui-même et une
extension, est étudié
par la mairie. Mais
les choses traînent et
rien ne se passe.
Une pétition circule
qui rencontre un succès
certain. Grâce à
une association présidée
par une conseillère
municipale d’opposition,
l’église est inscrite
à l’inventaire
supplémentaire des Monuments
historiques. La voilà
classée. Le maire
se réveille enfin, même
s’il la joue
petit bras. « N’exagérons
pas, ce n’est
pas la chapelle Sixtine
», déclare-t-il. Certes,
seulement un exemple
typique d’architecture
des années 50-60. Pas
rien tout de même.
Le promoteur qui n’a
pas obtenu ce qu’il
souhaitait se désengage.
Retour à la case
départ pour le diocèse,
qui n’a pas
plus qu’une envie,
se débarrasser de
cette église. Au printemps,
une chaîne de fast-food,
spécialisée dans le
poulet, se dit
intéressée. Mais il
lui faut désormais
respecter le cahier
des charges des Monuments
historiques. Des contraintes
lourdes et un
respect total de
l’œuvre. L’évêché
s’impatiente.
Une réunion pour connaître le sentiment de la population
Devant l’hostilité
de la population
qui veut garder «
son » église même
désacralisée, le maire,
qui n’oublie pas
les prochaines municipales
dans deux ans, se
ravise : « Si
le projet passe les
obstacles du cahier
des charges, je provoquerai
une réunion pour connaître
le sentiment profond de
la population vandopérienne.
S’il est hostile,
nous verrons ». A
tout prendre, l’odeur
de l’encens est
tout de même plus
agréable que celle
de la friture.
Patrick PEROTTO