Présenté comme son "testament spirituel" par le
quotidien italien La Repubblica du 19 mai - qui en publie de larges extraits -,
le dernier ouvrage du cardinal Carlo-Maria Martini, 81 ans, risque de susciter
des réactions au sommet de l'Eglise catholique. D'abord, en raison de la
personnalité de son auteur, jésuite et exégète brillant, ancien archevêque de
Milan qui, lors du conclave romain d'avril 2005 qui désigna Benoît XVI, avait
recueilli les suffrages de la minorité progressiste des cardinaux.
Intitulé Conversations nocturnes à Jérusalem - la Ville
sainte où le cardinal Martini s'était retiré, avant de rentrer en Italie pour
raison de santé -, ce livre d'entretiens avec le Père Georg Sporschill, un ami
jésuite, publié en Allemagne aux éditions Herder, appelle l'Eglise à avoir le
"courage" de se réformer. Son ton est apaisé et lucide : "J'ai
rêvé, confesse-t-il, d'une Eglise pauvre et humble qui ne dépende pas des
puissances de ce monde. Une Eglise qui donne du courage à ceux qui se sentent
petits ou pécheurs."
Aujourd'hui, je n'ai plus le temps de "rêver",
ajoute-t-il. Il ne lui reste que celui de "prier" et d'émettre
quelques souhaits. Ainsi lève-t-il un tabou en contestant l'enseignement de
l'Eglise sur la sexualité. Il rappelle "les développements négatifs et
malheureux" de l'encyclique Humanae vitae sur la régulation des
naissances, publiée en juillet 1968 par le pape Paul VI.
Cet interdit jeté sur la pilule et autres moyens de
contraception dissociant l'acte sexuel de sa finalité procréatrice avait
soulevé une tempête, éloignant de l'Eglise nombre de couples, de médecins, de
scientifiques. Le cardinal Martini rappelle que Paul VI s'était emparé d'un sujet
qui aurait dû être débattu par l'ensemble des évêques lors du concile Vatican
II (1962-1965).
"AUTRE
REGARD" SUR LA SEXUALITÉ
"La solitude dans la décision pour traiter des thèmes de
la sexualité et de la famille" n'est jamais bonne, estime-t-il quarante
ans après. Il souhaite "un autre regard" et presse le pape actuel de
rédiger une nouvelle encyclique sur la sexualité, d'"indiquer une voie
meilleure que celle d'Humanae vitae". Mgr Martini réclame aussi un plus
grand respect de l'Eglise pour les couples homosexuels, précisant que ses
relations comprenaient des couples gays et qu'il ne lui était "jamais venu
à l'esprit de les condamner".
Autre tabou : l'obligation du célibat des prêtres qui, pour
le chef de file progressiste, devrait être réservée à ceux qui en ont "la
vraie vocation". Face aux vides créés par la crise du clergé, faire venir
des prêtres de l'étranger, d'Afrique ou d'Asie, n'est pas une solution.
Celle-ci se trouve plutôt dans l'admission au sacerdoce des "viri probati",
ces hommes mariés qui ont l'expérience de l'animation de communautés. De même,
souhaite-t-il l'ouverture du diaconat aux femmes.
Le premier défi reste pourtant " le conflit de
civilisations". Chrétiens et musulmans ont le " devoir" de se
comprendre, insiste-t-il. Cela passe par la suppression des stéréotypes faisant
de l'autre un "ennemi", par une meilleure connaissance des
différences et des actions communes au service de la justice.
Article du Monde du 21 mai 2008 par Henri Tincq