Le futur pape fut une figure de
la Ve Conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain (Célam),
en mai 2007 dans le sanctuaire brésilien, présidant à la rédaction du document
final.
Ce Document d’Aparecida reste un texte majeur, visant à
redonner un élan d’évangélisation au continent.
La dernière fois qu’il est venu à
Aparecida, en mai 2007, pour la V e Conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain
(Célam), le cardinal Bergoglio était déjà l’objet de toutes les attentions.
Deux ans après le conclave, il se murmurait qu’il avait alors été le challenger
de Benoît XVI et nombreux étaient les évêques qui voulaient se faire
prendre en photo avec lui… Le 15 mai, il fut facilement élu président de
la commission de rédaction du document final. « Sans aucune
campagne », rappelait début juillet dans
la presse argentine Mgr Victor Fernandez, alors expert au Célam
et qui collaborera étroitement avec le futur pape dans ce travail clé, tant les
documents des conférences générales du Célam, à Medellin (1968) ou à Puebla
(1979), ont marqué l’Église du continent.
L’actuel recteur de l’Université
catholique d’Argentine, récemment nommé archevêque par le pape François, se
souvient de l’ambiance libre et participative impulsée par l’archevêque de
Buenos Aires au cours du travail de rédaction. « Bergoglio a beaucoup
fait pour ce climat positif », confie-t-il, rappelant « le
patient travail de micro-ingénierie » du cardinal pour prendre en
compte les avis de chacun : 2 240 contributions, dont il s’est
attaché à faire « non pas une synthèse mais une harmonie ».
Et quand, fin 2007, des accusations de modification du document par le Saint-Siège seront
lancées (1), le cardinal Bergoglio prendra clairement la défense du
Célam. « Le document final, qui est un acte du magistère de l’Église
latino-américaine, n’a subi aucune manipulation », affirmera-t-il, en
novembre 2007, au
mensuel italien 30
Giorni .
« Le langage et les
accents de Bergoglio sont partout, sans que le document cesse d’être une
authentique œuvre collective », résume Mgr Fernandez. Deux axes
« bergogliens » peuvent toutefois être retenus dans le Document d’Aparecida . D’abord, l’appel
à « éviter une Église autosuffisante et autoréférencielle et à rêver
d’une Église capable d’atteindre toutes les périphéries
humaines », comme il le dira, le 16 mai 2007, dans son homélie devant les évêques du continent. « Le
chrétien ne peut pas ne pas être missionnaire et cette exigence ne peut se
vivre en profondeur et vérité sans une attitude de disciple », affirmait
ainsi le futur pape dans un document publié début 2008 et consacré à la religiosité
populaire.
Et c’est là l’autre grand apport
du cardinal Bergoglio. « Il portait beaucoup d’intérêt au thème de la
religiosité populaire, comme expression spontanée du Peuple de
Dieu », se souvient Mgr Fernandez. Constatant « un
divorce entre la foi et la pratique sociale des croyants », le cardinal
Bergoglio soulignait l’importance de l’« évangélisation de la
culture ». Celle-ci, expliquait-il, « réclame dans
l’Église, comme à l’extérieur, un travail pastoral qui prenne en compte le
langage, les actions, les signes et les symboles ».
En référence à l’exhortation
apostolique de Paul VI sur l’évangélisation, le cardinal Bergoglio
n’hésitait d’ailleurs pas à affirmer que « le Document
d’Aparecida est l’Evangelii nuntiandi de l’Amérique
latine » et soulignait quatre piliers de la religiosité populaire en
Amérique latine : le sanctuaire, le pèlerinage,
la fête et la dévotion mariale. Autant d’éléments que, dans ce sanctuaire
marial d’Aparecida, en plein pèlerinage des
JMJ, le pape François ne devrait pas manquer de rappeler.
Nicolas Senèze