Les journaux de ce 14 aout 2012 se font l’écho de la « proposition
nationale pour une prière des fidèles » formulée par l’épiscopat français
pour la fête de l’Assomption, en la présentant comme une prière « anti
mariage homosexuel ». Ce texte est accessible sur le site http://www.eglise.catholique.fr/accueil.html.
En complément à la réaction de Jacques Fraissignes, voici quelques
remarques sur le texte lui-même et sur la démarche de l’épiscopat :
- Comme trop souvent, le texte concerné est un magnifique exemple de
« langue de buis », ampoulé, allusif et plein de beaux mots
fourre-tout : générosité, solidarité, conscience, fidélité, tendresse,
engagement, bonheur, amour… que personne
ne peut récuser. On dit un peu sans dire vraiment, sans doute dans la recherche
illusoire d’une pseudo-unanimité, alimentée par l’incapacité de l’institution
ecclésiale à affronter et gérer sainement les divergences et les conflits.
- Une fois de plus, Marie est instrumentalisée au service de causes,
l’avenir de la France et la défense d’un modèle familial unique, bien éloignées
de ce que nous pouvons savoir de la vie et des préoccupations de la mère de
Jésus de Nazareth. En rappelant en introduction à cette prière que « la
France a été placée sous le patronage de la Vierge Marie », l’épiscopat se
garde bien de rappeler les conditions de ce « vœu de Louis XIII »,
destiné surtout à assurer sa postérité et sa domination sur ses sujets.
- Sur le fond, Mgr Podvin, ce 14 aout sur France Inter, a dit et redit
que la demande de l’Eglise catholique est avant tout la tenue d’un vrai débat
de société autour des questions de la famille et des limites de la vie. Cette
demande est légitime, mais le plus simple ne serait-il pas de donner l’exemple
et de commencer par ouvrir le débat parmi les chrétiens catholiques ? Qui
a été consulté pour la rédaction de cette proposition de prière ? A quand
de vraies assemblées d’Eglise, avec de vrais débats contradictoires, une prise
en compte de la vraie vie des gens ? Quand fera-t-on confiance aux femmes
et aux hommes qui cherchent à vivre l’Evangile dans toutes les situations
contemporaines et tracent des chemins inédits ?
- Mgr Podvin a eu le mérite de la clarté au moins sur un point : il
a régulièrement évoqué la position « de l’Eglise » et a fort peu fait
référence à l’Evangile, et pour cause… Or « l’Eglise » dont il parle
est une société hiérarchique presque exclusivement composée de mâles
célibataires, dont la parole est en outre verrouillée au plus haut niveau.
Comment imaginer que ces hommes, aussi ouverts soient-ils, puissent prendre en
compte la complexité et la richesse des situations réellement vécues au
quotidien par les femmes et les hommes de ce temps ? Cela dit, puisqu’il
s’agit d’une « proposition », que chaque communauté s’en empare et
prenne ses responsabilités ! Les chrétien(ne)s sont adultes et il serait
intéressant de voir ce qui sera réellement prononcé demain dans les églises de
France.
- Enfin, la démarche de l’épiscopat français ne peut pas être séparée de
celle du Vatican envers les religieuses américaines qui, fortes de leur
expérience de terrain, proposent une parole autre sur toutes ces questions
de société… et sont vertement rappelées à l’ordre! Heureusement, elles continuent
leur combat, et nous continuons le nôtre, car le message de l’Evangile ne sera
jamais la propriété de quelque personne ou quelque institution que ce soit.
Marie-Anne Jehl
Jonas Alsace
Réseaux des Parvis